Le cyclotourisme est devenu un vecteur stratégique pour le tourisme de pleine nature, durable et rentable. Il génère plus de 5 milliards d’euros de retombées économiques par an en France, attire des clientèles variées, internationales, souvent à fort pouvoir d’achat…

Et pourtant, trop de territoires peinent encore à structurer une offre lisible, attractive et adaptée.

 

👉 Mais avant de parler d’itinéraires ou d’aménagements, il faut commencer par comprendre qui l’on veut séduire. Car non, un groupe de seniors en VAE ne cherche pas la même chose qu’un couple trentenaire amateur de gravel ou une famille en balade dominicale.

Il s’agit donc de proposer une offre variée, en adéquation avec les atouts du territoire et les attentes des clientèles potentielles, renforcée par des garanties telles que le label « accueil vélo ».

Identifier ses clientèles cibles : à chacun son vélo, à chacun son besoin

  • LES ITINERANTS recherchent des itinéraires longs, qui traversent différentes régions voire pays. Leur objectif est d’avancer, chaque jour lors d’étapes pré déterminées. Rares sont ceux qui prennent le temps de sortir de la route pour aller découvrir les environs. Alors si votre structure n’est pas implantée à 10-15 minutes (à vélo) d’une vélo ou vtt route, nul besoin de batailler. Par ailleurs, si cette clientèle dépense plus que la moyenne (elle a besoin de récupérer donc un bon sommeil dans des hébergements marchands et une bonne alimentation dans des restaurants), elle ne représente en France que 15% des touristes à vélo.
  • LES SPORTIFS : ils peuvent rouler sur des itinéraires en boucle sur plusieurs jours et donc changer de lieu pour l’étape, mais peuvent aussi choisir de partir et revenir au même QG chaque jour. On parle alors de circuits en marguerite. Pas d’hésitation pour cette catégorie qui représente également 15% des touristes à vélo en moyenne en France : ils veulent du relief, de la performance, des traces GPX fiables. Si vous ne pouvez offrir du dénivelée ou le graal, un col mythique du Tour de France, cette cible sera difficile à convaincre.

Ils ont également besoin de services techniques (ateliers, douches, ravitos) et d’un stockage sûr. A ce sujet, Accueil Vélo exige un abri sécurisé.

Ne nous trompons pas : un petit chalet bois dont la porte peut être enfoncée, ou le cadenas forcé avec les dents, n’est pas un abri sécurisé. Leurs montures coûtent souvent plusieurs milliers d’euros. Ils y tiennent ! Et n’oublions pas que s’ils n’ont plus de vélo, ce sont leurs vacances qui sont foutues. Bien plus dévastateur qu’une somme d’argent perdue,  même conséquente.

🧠 Je vous donne une astuce si vous ne pouvez offrir cet abri sécurisé : prévoyez quelques housses élastiques en Licra Elles enrobent les roues et le pédalier du vélo. Il peut ainsi être posé dans une chambre, un appartement, y compris sur de la moquette puisque la housse protège de toute saleté ou coulure d’huile de chaîne.

  • LES FAMILLES style= »background-color: transparent; »>recherchent des circuits courts, sécurisés, avec des activités annexes et de quoi occuper les enfants.

Ben oui, il y a de fortes chances que les gamins n’apprécient plus de rouler après 1h ou 2. Alors vive les boucles qui offrent de la variété, de la découverte, des aires de jeux ou de loisirs, des lacs ou des rivières, des sites à visiter à condition que la prestation soit ludique et adaptée.

La sécurité des itinéraires est primordiale. Pas de route partagée, sauf si le nombre de voiture est faible et les conditions de circulation sereines. Le label accueil vélo pour un hébergement prend aussi tout son sens. Peu de familles aiment prendre le risque de faire passer une mauvaise nuit à leurs bambins.

  • LES SENIORS (souvent en VAE) : veulent du confort, de la découverte douce, des paysages ouverts, un peu de culture locale. Les itinéraires qui partagent la journée entre pédalage et découverte du patrimoine, rencontres avec des producteurs locaux, visites instructives, sont une garantie de succès dès lors qu’ils sont bien packagés et orchestrés. Par ailleurs ces seniors voyagent souvent en groupe. Une raison supplémentaire pour les capter et générer des ventes additionnelles à l’hébergement.

Ces 2 dernières catégories que l’on peut rassembler dans un esprit loisir représentent 65% des touristes à vélo. J’utilise plutôt d’ailleurs le terme de touristes AVEC un vélo pour bien marquer la différence entre celles et ceux qui construisent leur séjour autour du vélo et les autres qui pratiquent plus ou moins le vélo pendant leurs vacances.

Adapter l’offre terrain aux usages : pas d’expérience sans cohérence

Il ne suffit pas d’avoir une piste cyclable pour attirer les touristes à vélo et si c’est le cas, il faut l’entretenir, la nettoyer régulièrement pour qu’elle ne devienne pas la poubelle des automobilistes ou des aléas climatiques engendrant déchets, éclats de verre et autres branches ou obstacles. Le budget entretien n’est pas anodin et il faut que les collectivités ou territoires l’anticipent dès la phase de création des itinéraires cyclables.

Questions clés à se poser pour proposer une vraie cohérence entre les parcours, les services, la signalétique, et la narration du territoire :

  • Mes parcours sont-ils bien balisés, sécurisés, entretenus ?
  • Y a-t-il des points de recharge, de réparation, de ravitaillement facilement accessibles ?
  • Sont-ils connectés à des gares, d’autres itinéraires ou des lieux touristiques forts ?
  • Les informations sont-elles accessibles en ligne, traduites, téléchargeables (GPX, PDF, applis) ?

L’expérience ne s’arrête pas au vélo : hébergements et services doivent suivre

L’offre vélo doit être pensée comme un écosystème touristique, avec des hébergeurs, des restaurateurs, des guides, des loueurs, tous en capacité d’accueillir cette clientèle spécifique.

🛎️ Pour cela :

  • Déployer ou valoriser le label « Accueil Vélo »(éventuellement un label local à minima). Je vous invite à parcourir les critères de ce label reconnu par la communauté cyclo  . Il rassure, donc est une source d’attractivité.
  • Former les socio-pros à l’accueil cycliste (sécurisation, horaires, besoins spécifiques). Pratiquer les itinéraires autour de chez soi pour en appréhender les atouts et les difficultés. Vos bons conseils d’autochtones, pour aller chercher un point remarquable o éviter une montée abrupte, un sentier trop technique en vtt par exemple seront grandement appréciés. Vous n’aimez pas ou ne pouvez pas pratiquer ? Interrogez les cyclistes locaux voire vos propres clients pour capter ces informations pratico pratiques qui magnifient une expérience.
  • Encourager des services utiles : transport de bagages, location, paniers pique-nique, navettes retour, etc.

🧠 Astuce : dans les territoires ruraux en particulier, il est difficile de trouver un prestataire transport de bagages. Or, les taxis et ambulances roulent toute la journée sur leurs routes. Ils peuvent donc facilement récupérer vos bagages dans la journée et vous les livrer en temps et en heure à votre prochaine étape. Et, comme la société Vacarezza sur la Transverdon, ils peuvent même accrocher une remorque vélo pour vous transporter jusqu’à un point haut, départ de votre traversée en vous évitant une liaison fastidieuse voire dangereuse sur des routes fréquentées.

Structurer l’offre en séjours : boucles, week-ends, itinérances thématiques

Les parcours seuls ne suffisent pas : il faut créer de vraies expériences de séjour. Rappelons-nous : 65% des cyclotouristes sont des pratiquants loisirs, pas des forçats de la route ou des chemins.

🔁 Quelques formats à développer :

  • La microaventure à vélo : parfaitement adaptée à votre clientèle de proximité (voir mon article ….) : 2-3 jours en immersion nature, à 2h de route d’une agglomération importante et à un tarif raisonné
  • Les séjours thématiques : un hébergement fixe, plusieurs boucles de découvertes cohérentes, orchestrées selon les clientèles. Par exemple visiter quelques caves ou brasseries ocales pour les plus gourmands reste accessible aux familles dès lors que vous trouvez une occupation pour les enfants pendant que les parents dégustent. Faire dessiner l’étiquette de la bouteille que vous ne manquerez pas de coller pour la cuvée spéciale famille trucmuche, proposer une chasse au trésor sécurisée, un labyrinthe végétal à proximité…
  • La multi activité : le cœur même du sujet des touristes AVEC un vélo. Associer d’autres activités physiques (les nautiques sont extrêmement appréciées), des visites, des rencontres avec des locaux ou producteurs qui favorisent le sentiment de « vivre comme un local ».

Promouvoir efficacement l’offre : les bons canaux, les bons récits

Enfin, une offre même bien conçue doit exister dans l’univers mental des touristes. La promotion du vélo se fait aujourd’hui via des récits, des images immersives, des influenceurs, des plateformes spécialisées.

🔍 À activer :

  • France Vélo Tourisme : référencement et visibilité nationale incontournable
  • Komoot, AllTrails, Outdooractive, les applis de cartographie pour les traces GPX sont nombreuses. Je dois en avoir plus d’une vingtaine rien que sur mon smartphone. Alors laquelle choisir ? Demandez aux cyclotouristes que vous rencontrez et vous verrez par vous-même celle qui ressort le plus souvent.
  • Mais il en est une que l’on ne doit JAMAIS oublier, c’est Google My Business. Cette fiche gratuite offre une visibilité sans égale pour toute structure : géolocalisation qui apporte de plus en plus de business car nous, consommateurs à vélo ou autre, recherchons des offres dans notre périmètre. Pratique pour préparer son séjour vélo, mais aussi terriblement efficace pour récupérer les quelques itinérants qui s’enquièrent d’un hébergement ou d’un lieu de restauration au dernier moment.

Par ailleurs, cette fiche combine les avis clients. Ils influencent très fortement nos achats (s’ils sont positifs. Mais si c’est le contraire, ils permettent alors d’identifier les faiblesses de mon offre.  

Enfin, quelques lignes de présentation vous permettent d’écrire votre histoire, un storytelling comme on dit. Une autre façon efficace de susciter l’envie par l’évasion, l’imaginaire de vos futurs clients cyclos.

  • Instagram, YouTube, TikTok : mise en avant des ambiances, portraits de cyclistes, réels inspirants.
  • Partenariats influenceurs : cyclo-voyageurs, bloggeurs famille, couples nomades.
  • Vos institutions touristiques locales : bon nombre d’offices du tourisme, d’agences d’attractivités et de comités régionaux du tourisme se sont déjà penché sur la promotion du tourisme à vélo. Profitez-en pour intégrer leur base de données et bénéficier de leur force de frappe promotionnelle : publicités, parutions presse, média sociaux, éductours de tours opérateurs spécialisés, salons professionnels et grand public. Beaucoup d’actions inatteignables pour des structures aux « petits » budgets.

Structurer une offre vélo, c’est faire émerger une vraie "destination"

Développer une offre cyclotouristique efficace, ce n’est pas juste « poser une bande blanche sur une route ». C’est construire une destination vélo complète : avec une promesse claire, une cohérence terrain, des services adaptés, et une vraie stratégie de communication.
Un territoire qui prend au sérieux cette clientèle en récoltera les fruits : hausse de la fréquentation, allongement des séjours, montée en gamme des clientèles, et bien sûr, image de territoire durable. Et vous, vous envoyez du braquet pour attirer ces clientèles ? Racontez-nous

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